L'ADN du suspect négatif

Publié le par Adriana EVANGELIZT

 

Le suspect toujours muré dans le silence

Le suspect continue de s'enfermer dans le silence. Ou s'il parle c'est pour dire des choses difficilement croyables. A mon avis, il couvre quelqu'un. Car depuis le départ, je suis persuadée qu'il y avait une autre voiture dans laquelle ils ont transporté le corps. Comme je le disais ICI... les enquêteurs n'ont trouvé aucune trace dans son véhicule. Il est clair et net qu'il n'a pas pu transporter le corps à pied à 8 km de la voiture. Il y a une autre voiture qui circule dans la nature avec des traces de la malhheureuse victime.

On lui a fait un prélèvement d'ADN, or il ne correspond pas avec celui du sperme trouvé sur le slip de Sophie.  Selon les enquêteurs, les traces génétiques analysées pourraient être antérieures au crime. Mais, parallèlement, il y a suspicion d'agression sexuelle et il y a d'autres traces d'ADN sur d'autres vêtements. Et, cerise sur le gâteau, les investigations ont notamment continué lundi sur l'expertise des images de vidéosurveillance de la station service où Ramiz Iseni a été repéré à 01h33 dimanche matin accompagné d'une autre personne pour effectuer un plein de carburant à l'aide de la carte bancaire de Sophie. Le problème dans "une autre personne", c'est que cela peut aussi bien être un homme qu'une femme. Mais en tout cas, il n'était pas seul. Et c'est bien lui qui a fait le plein avec la carte. Il n'est pas possible qu'il ait amené Sophie  Il est difficilement concevable que cela puisse être sa femme vu les quelques détails supplémentaires que l'on possède sur le couple. Il y a donc fort à parier qu'il couvre quelqu'un. Et il se pourrait même que cela soit quelqu'un de son entourage. Quelqu'un qu'il connait.

Parce que l'on ne se laisse pas condamner pour un crime crapuleux que l'on n'a pas commis. La loi de l'Omerta n'existe vraiment que dans le grand milieu voyou  pratiquant les braquages, les hold-up et les casses. Si un braqueur tombe, il ne balancera pas ses collègues, qui que ce soit. Comme je vous le disais dans l'article précédent, je connais bien le milieu voyou car je l'ai cotôyé de très près puisque j'en fus moi-même une pendant une certaine période de ma jeunesse. La continuation de la rébellion contre ma mère. Mais aussi un certain goût du risque. J'ai plus particulièrement connu le milieu du grand banditisme et c'est la raison por laquelle plus tard, j'ai décidé de consacrer un peu de mon temps libre à visiter des prisonniers condamnés à de lourdes peines pour avoir pratiqué le vol à haute voltige.  Il est bien évident que le milieu dans lequel j'ai évolué n'a plus rien à voir avec le monde d'aujourd'hui. Dans la voyoucratie, il y a des clans, des castes, des sous-catégories et pour finir ce que l'on nomme la lie de la société qui n'a plus rien à voir avec le banditisme d'honneur. Il faut d'abord savoir comment et pourquoi on devient braqueur de banque ou casseur ? Ca, c'est la première question. La deuxième étant qui est le plus honorable "Celui qui braque une banque ou celui qui est élu à un grand poste gouvernemental et qui vole l'argent du Peuple dans certaines magouilles et pots-de-vin ?" C'est en constatant ce genre de fait que souvent un Rebelle devient un voyou. Seulement pour l'élu gouvernemental, les risques sont moindres. Il est soit relaxé, soit condamné à du sursis. Un truand qui se fait serrer pour hold-up prend 20 ans. Il faut aussi savoir que les grands braqueurs ne se commettent jamais avec les trafiquants de chair et les trafiquant de mort. Prostitution et drogue. Ils ont une certaine morale et un certain sens de l'honneur, c'est pour cette raison d'ailleurs qu'on les appelle des bandits d'honneur. Ceux-là n'iront pas se commettre à tuer une jeune femme, la violer, lui piquer son portable, sa carte bancaire et 400 euros. Il y a un océan qui sépare ces deux catégories. Le casseur partant du principe que c'est aux riches que l'on prend des sous, pas aux pauvres. Au contraire, on leur en donne. Le Bosniaque fait malheureusement partie d'une catégorie d'individus sans scrupules où l'on tue quelqu'un pour 100 balles -façon de parler- seul compte d'avoir de l'argent et qu'importe combien et à quel prix pour les victimes.

Il est bien évident que l'on n'en arrive pas à cette extrêmité sans avoir subi quelques perturbations dans sa jeunesse. Un article du Figaro nous éclaire assez sur la question. Pour sa première interpellation suite à un viol, il a nié, se disant victime d'un complot. Lors de sa garde à vue à Lyon puis à celle de Nantes, les enquêteurs lui ont dit qu'il a été filmé en train de retirer de l'argent avec la carte bancaire et dès qu'on lui pose des questions sur le portable, il se borne à répondre qu'il a acheté les deux objets dans une rue de Nantes pour la modique somme de 50 euros. Et il s'imagine sans doute qu'on le croit. Il faut savoir qu'il s'exprime dans un français malaisé. Ramiz Iseni, qui se présente comme musulman non pratiquant, est né à Mostar il y a 46 ans. Il a suivi une formation de mécanique avant de travailler dans des mines à charbon puis a abandonné son travail en 1989.

Tout le monde sait ce qu'il est advenu en Yougoslavie pendant cette période de dislocation et de guerre ethnique. Ramiz Iseni dit que son père a été "tué par les Serbes" et que "l'une de ses soeurs est hospitalisée suite à un viol". C'est à ce moment là qu'il choisit d'émigrer avec ses quatre enfants et sa femme. Il choisit la France et débarque à Lille en juin 1991.

Là, déjà, il y a déjà quelques choses qui cloche. Il est bien évident que lorsque vous arrivez de l'étranger et que vous êtes un parfait inconnu, vous pouvez raconter n'importe quoi. Le fait qu'il ait mis en avant la mort de son père et le viol de sa sœur le désigne déjà comme une victime. Il sait ce qu'il fait. Il essaie d'apitoyer les gens sur les drames réels ou supposés de son existence parce qu'il sait que fatalement tôt ou tard la vérité viendra à apparaître mais ce n'est pas lui qui la dira. Il va falloir que les enquêteurs la trouvent sans son aide. Il va rester dans cette position défensive de nier jusqu'à ce que de nouvelles preuves s'accumulent mais même au pied du mur, il va garder cette posture. Peut-être attend-il que l'autre individu se manifeste. Mais lui ne le balancera pas parce que c'est quelqu'un qu'il connait. Ou qu'il estime. Ou qui est bosniaque comme lui. Dans chaque peuple, il y a un pacte entre gens de même caste ou de même origine.

Pour en revenir au quelque chose qui cloche, la guerre en Bosnie a commencé en 1992, or si Ramiz Iseni est arrivé en 1991, il nous étonnerait fort que son père et sa sœur aient déjà pu être victime de la guerre et donc que ce soit pour cette raison qu'il ait quitté son pays. D'autant que dès qu'il aura posé le pied sur le sol Français avec sa famille, vont suivre huit années d'errance d'abord clandestine. Il voyage beaucoup d'Amiens à Nevers en passant par Annemasse ou Metz. En 1994, alors que la guerre ravage son pays, Ramiz y retourne quelques mois comme « patriote ». En 1998, à Nevers, il obtient le statut de réfugié politique. L'année suivante, Ramiz installe sa famille dans une HLM de Nantes, et se voit, selon son dossier judiciaire, octroyer une pension d'invalidité par la Cotorep en raison de ses « troubles du sommeil ».

Le parcours du combattant ne dut pas être facile et avec sa famille, il dut connaître bien des galères comme tous les gens qui viennent d'ailleurs et veulent s'installer en France. Le tout étant de trouver le subterfuge pour y rester. J'ai moi-même connu cela lorsque je me suis exilée dans le passé. Mais si l'on a un point de chute ou des connaissances dans le pays où l'on va, les choses sont beaucoup plus simples. On notera quand même que Ramiz Inezi est reparti en 1994 comme "patriote" en Bosnie. Ce qui signifie qu'il est allé faire la guerilla avec les siens. Peut-on dire un moudjahidine ? Dans tous les cas, l'homme en a vu des vertes et des pas mûres, il est aguerri, a de la résistance et les flics ne sont pas au bout de leur peine à moins que ne surgissent un élément nouveau. J'attends avec impatience les résultats de l'ADN trouvé sur les autres vêtements de la victime. Dans l'immédiat, la posture du suspect est de leur laisser faire le boulot à sa place.  Qu'ils cherchent. Sa femme quant à elle ne doit pas savoir grand chose. On sait qu'elle est femme de ménage, qu'un de ses fils est boulanger et que son mari, selon les voisins, ne travaille pas, passe beaucoup de temps au café, est passionné par les jeux de l'argent.

On se demande alors comment vit la famille. Lui, vit en tout cas comme les marginaux qui se disent voyous. Il a dû être suffisamment mâlin pour toucher une pension de la Cotorep. Les troubles du sommeil sont peut-être réels mais ils sont en tout cas souvent invérifiables. L'individu doit cependant être très nerveux. Compulsif. Selon un psychiatre qui s'est occupé de lui lors du présumé viol, il présenterait un trouble de la personnalité. S'agissant de la réticence du suspect à évoquer les accusations portées contre lui, le psychiatre observe que "si les faits sont établis, l'individu présenterait un risque moyen de récidive."

Il recommande même "Un suivi psychiatrique est à poursuivre avec injonction de soins si les faits étaient établis..." mais cependant n'a bénéficié d'aucune prise en charge. De surcroît, l'homme atteint d'une légère tuberculose, semble nourrir un profond mal-être. Il consomme des anxiolytiques et des neuroleptiques pour traiter ses "hallucinations oditives". Le problème des toubibs, c'est qu'ils croient soigner le mal être d'une personne en le gavant de cachetons qui endorment le corps sans soigner le mal être ou mal de l'âme. On y revient. Vu la vie qu'il menait, nul doute qu'il devait boire en prenant les antidépresseurs ce qui donne un cocktail explosif qui peut vous faire péter les plombs ou un câble comme on dit dans le jargon populaire.

Nul doute qu'il y a beaucoup de zones d'ombre dans le passé du Bosniaque, ne serait-ce que dans son pays. J'ai tapé son nom sur Google -Ramiz Izeni- et je suis tombée sur une page en albanais ou figure son nom et prénom, il semblerait que cela soit une liste de gens torturés sur accusation de terrorisme. Le chiffre à coté ne correspond pas à l'âge du Bosniaque vu que l'article date de 2001. On peut voir que le nom Iseni est très répandu.

On peut penser que le vice du jeu l'a conduit dans un cercle vicieux sans fin. Un de mes amis vient de se faire interdire de casino. Une autre de mes connaissances a carrément fait faillite il y a quelques années par rapport à cette passion dévorante. Si l'on ne sait pas s'arrêter, c'est comme une drogue. Celui qui n'a pas les moyens, bien entendu, en arrive à vivre d'expédients et de rapine.

Il y a un autre point qui mérite clarification. Normalement, il semblerait qu'il y ait un ou plusieurs vigiles sur le parking puisqu'il y en a un qui a vu un homme s'enfuir après avoir incendié la voiture, seulement il n'a pas pu l'identifier. Comment se fait-il qu'il n'ait pas vu quelque chose d'anormal ? Ni vu la voiture arriver, ni le type y mettre le feu ? Après tout il est le seul témoin et il dit ce qu'il veut.

Il se pourrait qu'il y ait plus d'un complice avec lui. Et que ce ne soit pas lui qui ait commis le crime. Nul doute que si Sophie a été tuée c'est parce qu'elle avait vu le visage de ses agresseurs. Peut-être en connaissait-elle un dans le lot ?

A suivre...

 Adriana Evangelizt

Publié dans Enquête criminelle

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